L'école de Laprugne en 1863: le salaire de l'institutrice

La lettre la plus ancienne est datée du 8 octobre 1863.
Ce jour-là, Melle Laurand Marie-Antoinette, institutrice de l'école libre (vraisemblablement située à l'époque à l'emplacement de l'actuelle boulangerie Picarle) écrit à l'inspecteur d'Académie de l'Allier.
Elle est âgée de 59 ans, vit presque dans l'indigence, ne recevant aucune aide de la commune et demande à être retraitée et à bénéficier d'aides financières (après 49 ans de loyaux services!!!….elle avait dû débuter très jeune…) En voici quelques extraits:

………..Je viens, Monsieur l'Inspecteur, à mains jointes vous rappeler la mauvaise position dans laquelle je me trouve être réduite au trop juste nécessaire, étant âgée de 59 ans en ayant passé 49 dans une fonction si pénible de l'enseignement: j'en épuise ma santé, mes forces à un tel pont que je ne puis me livrer à aucun autre genre de travail; pendant ce laps de temps, il n'est jamais parvenu de plainte contre moi à l'autorité, ainsi que le prouvent les notes de Ms les Inspecteurs. Ils ont au contraire tous été satisfaits de ma petite école: plusieurs ont été touchés de ma position et ont plaint la pauvreté de notre commune qui ne pouvait pas me venir en aide: il n'est pas jusqu'à M. l'Inspecteur d'arrondissement qui a été touché de ma position; le 29 du mois dernier, ce magistrat inspectait dans notre localité et il fut très touché de l'état de détresse où je suis réduite et il adit à Ms le Curé et Maire que c'était trop fâcheux que je ne puisse être retraitée après avoir sacrifié ma jeunesse dans l'enseignement: ce bon Père m'engagea à continuer le bien, me faisant espérer que la providence viendrait à mon secours? Encouragée par ses exhortations, je viens, Monsieur l'Inspecteur, me ranger sous votre aile protectrice et vous demander en grâce de vouloir bien dans votre bonté, me compter au nombre des institutrices qui reçoivent des secours en 1864…….
 …..En le faisant, Monsieur l'Inspecteur, vous rendrez parfaite justice (elle m'est due à tous égards) et vous acquerrez des droits éternels sur celle qui a l'honneur d'être avec une reconnaissance sans borne, votre très humble et très respectueuse servante.

La lettre est cosignée par le maire de l'époque (voir document). 

Malgré son style inimitable et le soutien du maire, cette demande n'eut guère d'effet puisque nous retrouvons 9 ans plus tard, en 1872, la même Melle Laurand à la tête de l'école libre de filles.

L'école en 1868: un bâtiment délabré

Le 31 juillet 1868, frère Appolone, de son nom Jean Dallière, instituteur public ( à l'époque, les écoles publiques pouvaient être dirigées par des religieux),  annonce à l'Inspecteur Primaire, M. Gavon, que l'école publique située dans l'ancien presbytère, menace d'effondrement. Même s'il exagère un peu la situation (ce qui n'est d'ailleurs pas prouvé), frère Appolone nous fournit de nombreux renseignements sur les effectifs (130 garçons fréquentent l'école en hiver), les crédits, l'état des classes (65 élèves par classe de moins de 50 m2!!!) et des logements. En voici de larges extraits:

Voici les renseignements que vous demandez. C'est par oubli que je ne vous les ai pas envoyés plus tôt. 1 La maison d'école est la propriété de la commune, c'est le presbytère que M le curé a cédé moyennant un loyer annuel de 100 francs. 
2 La durée du bail est indéterminée. 
3 Le logement de l'instituteur n'est pas convenable, il laisse même beaucoup à désirer. 
4 Il se compose de quatre petites pièces. 
5 Il ne peut recevoir que deux lits. 
6 Il est pourvu d'un mobilier très minimal. 
7 Les deux classes sont insuffisantes en hiver, les murs auraient grand besoin d'être crépis et badigeonnés, ils sont dans un très mauvais état. 
8 La superficie de chaque classe est de 48, mc. 540, total 97, mc 080, contenant en moyenne 65 élèves chacune en hiver. 
9 Les classes sont à peu près pourvues du matériel indispensable. 
10 Il me semble que j'emploierai avantageusement un nécessaire métrique dans mon école. Y aurait-il possibilité de me le faire procurer, M. l'Inspecteur? Mais réflexion faite je vois qu'il vaudrait mieux employer l'argent de cet objet aux réparations du local. 
11 Une somme de 150 F environ suffirait pour réparer les appartements de l'Instituteur et 120 à 130 F pour mettre les classes en état de propreté.

Je crois, Monsieur l'Inspecteur, qu'il est nécessaire et j'ose dire indispensable que vous sachiez que le local menace ruine. Les murs sont remplis de lézardes aux quatre façades, elles s'élargissent et se multiplient considérablement, il y a urgence d'y apporter remède avant l'hiver prochain.
Deux murs perdent leur aplomb.
Veuillez s'il vous plait, Monsieur, prendre cette dernière question en considération, car elle est on ne peut plus sérieuse.
J'espère que vous voudrez bien aussi la soumettre à l'autorité supérieure pour qu'elle presse le conseil municipal de Laprugne à faire faire au plus tôt, les réparations qui sont indispensables à la maison d'école.

Je profite de cette lettre pour vous prier, Monsieur, de me laisser continuer mon école jusqu'aux derniers jours du mois d'août, époque à laquelle aura lieu la sortie de mes élèves, et m'autoriser à fixer leur rentrée au 5 octobre.

J'ai chargé hier le courrier du Mayet à Lapalisse de prendre les livres que vous m'avez annoncés. Recevez, Monsieur l'Inspecteur, mes sincères remerciements pour cet envoi………..

L'école en 1868: un bâtiment délabré: la réponse de l'administration

Au reçu de cette lettre, l'Inspecteur Gavon la transmet à l'Inspecteur d'Académie qui charge ledit Gavon d'enquêter à Laprugne. Voici le résultat de son enquête, transmis à l'Académie:

Le danger de voir la maison d'école s'écrouler à Laprugne n'est pas tout à fait aussi grand que le laissait présumer la lettre du frère directeur. 
J'ai insisté auprès de M. le Maire et surtout de M. le Curé pour quelques réparations à l'intérieur des classes: elles auront lieu pendant les vacances. 
Les murs de la maison ,lézardés de tous côtés, ne sont pas solides mais ne menacent pas ruine, les frères peuvent dormir tranquillement. 

Toutefois, il est à désirer que ces murs soient consolidés le plus tôt possible. 
Le moyen le plus simple est d'établir, attenant à la maison actuelle, une construction qui permette d'avoir une maison et un préau couverts. 
Enfin on peut attendre et j'espère cette construction encore plus de la générosité du curé que des ressources de la commune.

Tombera, tombera pas? Difficile à dire tant la réponse de ce brave inspecteur fleure bon la langue de bois: aucun danger, mais il faut consolider très vite, et même construire une école neuve pour soutenir les "ruines". 
En tout cas, rien ne sera fait dans l'immédiat, le curé cherchant de l'argent pour construire sa nouvelle église (chose faite 10 ans plus tard) et la municipalité de l'époque semblant peu intéressée par les problèmes d'éducation. 
Il faudra attendre les années 1880 pour que l'école publique soit enfin construite.

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