La chanson du mai (version actuelle)

1- J'ai pris la fantaisie (bis)
D'aller chanter le mai
Tout le long d'un gai
Joli mois de mai
D'aller chanter le mai à la porte de ma mie.

2- A la porte de ma mie (bis)
Galant n'y chante pas
Tout le long d'un gai
Joli mois de mai
Galant n'y chante pas, hélas je vous en prie.

3- Hélas je vous en prie (bis)
Car son père est là-haut
Tout le long d'un gai
Joli mois de mai
Car son père est là-haut dans sa chambre jolie.

4- Dans sa chambre jolie (bis)
Qui compte ses écus
Tout le long d'un gai
Joli mois de mai
Qui compte ses écus pour marier sa fille.

5- Pour marier sa fille (bis)
Combien lui donne-t-on
Tout le long d'un gai
Joli mois de mai
Combien lui donne-t-on à
Marguerite ma mie?

6- A Marguerite ma mie (bis)
On lui donne cinq cents louis
Tout le long d'un gai
Joli mois de mai
On lui donne cinq cents louis et sa chambre garnie.  

7- Et sa chambre garnie (bis)
Aux quatre coins du lit

Tout le long d'un gai
Joli mois de mai
Au quatre coins du lit une pomme d'orange.

8- Une pomme d'orange (bis)
Et au milieu du lit
Tout le long d'un gai
Joli mois de mai
Et au milieu du lit, le rossignol y chante.


9- Le rossignol y chante (bis)
Chante rossignolet
Tout le long d'un gai
Joli mois de mai
Chante rossignolet, t'auras ta récompense.

10- T'auras ta récompense (bis)
T'auras pour ton souper
Tout le long d'un gai
Joli mois de mai
T'auras pour ton souper une carpe frilante.

11- Une carpe frilante (bis)
Et un verre de vin blanc
Tout le long d'un gai
Joli mois de mai
Et un verre de vin blanc pour la faire descendre.

12- Pour la faire descendre (bis)
Apportez-nous des œufs
Tout le long d'un gai
Joli mois de mai
Apportez-nous des œufs, des œufs en abondance.

Les chanteurs de mai

Nos plus anciens témoins directs nous évoquent leur chanson de mai il y a 60 ans, durant la dernière guerre et jusqu'aux années 50 (grand merci à Marie et Fernand Débatisse, à Alice Bresson).
Les jeunes se réunissaient par groupes de 15 ou 20 le soir du 30 avril. A l'époque, 4 groupes sillonnaient la commune:
-   le bourg allait rendre visite au Point du Jour, Massonnet, Roche, le Beau Louis, Le Vernois et revenait par les Tureaux et Le Fraty.
-    Les jeunes des Laurents allaient chanter à Fayet, à La Presle, Vernin, moulin Côte et au Mousserin.
-    Ceux de Charrier rendaient visite à La Bonnière, La Burnole et Terrenoire.
 - Ceux du Fraty faisaient une incursion dans la Loire, Passant par Saint-Priest et Calinon.

Les groupes étaient parfois accompagnés d'un accordéoniste ou d'un joueur d'harmonica.

Devant chaque maison, les chanteurs entonnaient la chanson du mai. A la fin du douzième et dernier couplet, les habitants ouvraient la porte  et leur offraient du vin et du café, en plus des présents traditionnels, 4 à 6 œufs (12 pour les plus fortunés) un peu de lard, un peu de beurre, et parfois quelques pièces.

Ceux qui n'ouvraient pas faisaient descendre par la fenêtre, à l'aide d'une corde, un panier rempli de ces provisions.

Donner des œufs aux chanteurs de mai était considéré à cette époque (où la grippe aviaire était encore inconnue) comme une garantie de prospérité pour la basse-cour (du moins jusqu'au mai suivant…)

Devant les rares maisons qui gardaient portes et fenêtres closes, nos joyeux octogénaires avaient composé une petite chanson en patois que je transcris phonétiquement:

N'an passé pa voti chaou
N'an chié sous lou pu grao
N'an passé pa voti porio
N'an torsu comma da bouyo
N'an passé pa voti salade
E n'an pissé dessus

On est passé par vos choux
On a chié sur le plus gros
On est passé par vos poireaux
Les a tordus comme des boyaux
On est passé par vos salades
Et on a pissé dessus

Sans, bien sûr, joindre le geste à la parole!

Durant ces années là, nos témoins se souviennent d'un habitant qui avait cru malin de leur donner 12 œufs couvés. Mal lui en prit, le lendemain, sa façade était mouchetée couleur jaune d'œuf…
Il arriva aussi que Paul Gonthier, le porteur du panier plein d'œufs, s'égara dans le noir et tomba en plein dans la serve de Massonnet…

Au retour, les participants se confectionnaient une bonne omelette au café Paput (pour ceux du bourg), chez Roche ou au café Depalle (pour ceux des Laurents).
Les excédents d'œufs (quand il y en avait) étaient donnés au boulanger qui fournissait en échange de la boisson et du pain.

Durant l'entre deux guerres, de nombreux groupes de chanteurs de mai sillonnaient la Montagne Bourbonnaise , parfois accompagnés d'un vielleux ou d'un accordéoniste.

A Laprugne, dans les années 60, garçons et filles du bourg, n'hésitaient pas à sillonner à pied le bourg et ses hameaux . Ces groupes, d'une vingtaine de chanteurs, s'accompagnaient à l'harmonica ou à la guitare, et, partis vers 21h, ne rentraient qu'à 5h le lendemain, après avoir parcouru  pas loin de 20 km .

Ils mangeaient ensuite l'omelette chez Jeanne Paput (au café du champ de foire) ou à la Salle Jeanne d'Arc, le tout accompagné de pain, de vin parfois de brioche, et de beaucoup de chansons (pour les moins enroués).
Les excédents d'œufs étaient parfois donnés au boulanger qui accomplissait le miracle de la transformation de la nourriture en boisson.

Certains jeunes des villages (entre autre au Vernois), n'hésitèrent pas à tenter l'aventure dans les années 70, élargissant leur champ d'action jusque dans la Loire, mais la méconnaissance des lieux les fit parfois chanter devant des maisons désespérément closes (et pour cause, car résidences secondaires inoccupées).

Dans les années 80-90, la tradition perdit peu à peu de sa vigueur, causée en grande partie par le dépeuplement et la diminution considérable des jeunes.
Certains firent le circuit en voiture, mais l'ambiance n'était pas la même.


Dans les années 90, certains habitants de Fayet essayèrent de renouer avec la tradition: des enfants accompagnés par leurs parents allaient en voiture dans les hameaux puis se déplaçaient à pied et en chantant devant chaque maison.

Dans les années 2000, quelques groupes d'adolescents ont pris ponctuellement la relève en chantant tout ou partie de la chanson dans quelques maisons.

Mais la tradition semble repartir dans certains villages de la Montagne Bourbonnaise , sous l'impulsion de certains anciens et de groupes folkloriques ou musicaux.

Laprugne n'a pas dit son dernier mot et 2008 verra peut-être le retour des chanteurs de mai.

Remerciements à la trentaine de chanteurs occasionnels et de toutes générations qui ont bien voulu me fournir de nombreux renseignements et anecdotes, dont certaines sont hélas, impubliables!

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