Voyage aux forêts de la Madeleine

par l'abbé Auguste LAMBLOT     (1843)

Poursuivons notre route ; la montagne devient plus rapide et les murailles de rochers beaucoup plus escarpées ; il semble que ces monts majestueux se lèvent ensemble, se hissent les uns sur les autres, pour regarder dans la plaine et jeter un coup d’œil de mépris sur l’humble vallée. Cependant les sentiers deviennent impraticables, l’air plus vif, nous sommes à la montagne de la Magdeleine ! ...... Arrivés sur le plateau, oh! que nous fûmes dédommagés de nos peines et de nos fatigues par l’imposant spectacle qui s’offrit à nous. Quelles sublimes perspectives de tous côtés, quelle variété perpétuelle de tableaux ; la plaine  roannaise se déroulait toute entière sous nos pieds, la Loire la traversant par mille détours. 

Des prés, des bois, de noires forêts de sapins, des rochers gigantesques dressés en pyramides, des pics aigus, divisés par la foudre, les ruines de quelques cabanes, tout parle à l’homme qui réfléchit. Ici les fontaines sont pures, ici l’homme est fort et majestueux ; il est grand comme ces rochers : rien ne trouble le silence de ces lieux que le vol rapide de l’oiseau ou le bruit des cascades qui tombent des montagnes. 
Il semble que tout est là. Il faut quitter les hommes pour trouver Dieu dans le désert vide, il n’y a que lui. Pénétrons dans l’épaisseur de la forêt.
Autrefois il existait une antique chapelle dédiée à sainte Madeleine ; depuis bien des années elle est détruite. Un vieil ermite habita jadis dans ces lieux : homme vertueux, séparé du monde dont il avait connu la vanité et les illusions trompeuses ; compatissant, il sut par sa grande charité et son extrême douceur captiver la confiance des montagnards. De très loin, on venait chercher des conseils auprès de lui. Menant dans le désert une vie angélique, il passait son temps à la prière et au soulagement de ses frères. Souvent on l’apercevait se rendant à la chaumière de quelques malheureux. Son air de sérénité montrait la félicité qui régnait dans son âme. 

Une année, un orage épouvantable fondit sur la montagne et le vertueux vieillard accourut chercher un asile dans la chapelle de sainte Madeleine. On ne l’en vit plus sortir ; seulement, lorsque la nuit eut répandu ses voiles sombres sur la terre, on vit briller dans la sainte chapelle une clarté admirable comme une auréole de gloire. Pendant plusieurs années à la même époque, on vit la même chose se renouveler. La chapelle a été détruite et tout a disparu. 

Les bois de la Magdeleine appartenaient jadis au château de Saint-André. Ce sont des sapins et des hêtres de haute futaie. Ces arbres majestueux et séculaires ont bien souvent bravé l’impétuosité et la fureur des vents. L’orage a souvent fait plier leurs cimes orgueilleuses ; quel plaisir pour nous d’admirer cet océan de feuillages, cette immense étendue d’arbres. Nous comparions de nouveau les pays boisés avec ceux qui sont découverts et de nouveau nous nous étonnions qu’on put se décider à détruire les arbres : leur utilité est incontestable.

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